Dans ce livre de « grands », un mystérieux adulte vient de m’apporter une nouvelle essentielle : il est possible d’être photographié autrement qu’avec un grand frère, une vieille tante, un basset artésien et finir compilé, classé, dans un album de photos à la couverture kitchissime.
Immédiatement je pars en courant derrière ce photographe dans les rues d’un Paris en noir et blanc. Des enfants aujourd’hui vieux de 70 ans deviennent mes copains. J’hurle de rire devant la photo d’un Tati en facteur simplet. Les pages suivantes me laissent étonné face au vieux monsieur en patins à roulettes (que je jalouse) ou d'un équilibriste à la chaise de café.
Alertés par mes rires, les « grands » inquiets vont me retirer l’ouvrage des mains avec un : « Laisse ce n’est pas pour toi, tu vas l’abîmer ! ». En partant Robert Doisneau laissera tomber quelques clichés que je n’oublierai jamais.
Le temps passe et les pentes de la vie me font glisser jusqu'à Versailles. Je m’y installe un peu à contre cœur, sans doute influencé par l’image parfois peu flatteuse que le lieu véhicule (je me sens très nettement plus Communard que Versaillais…). C’est alors que je découvre une ville populaire, touchante et totalement inconnue. Dans cette ville le cracheur de feu, les enfants, le clochard, la bourgeoise, le touriste, le bedeau… n’ont pas la même teinte que dans les autres villes que j’ai précédemment connues et habitées.
Sans doute rattrapé par un certain livre jamais oublié, c’est aidé du numérique et de sa facilité (et les copains qui m’en ont offert l’accès) que je m’y colle. Les encouragements des uns et des autres vont me faire persévérer et ils ont eu raison : depuis quatre ans, participations à diverses expos dans Versailles (Galerie du Facteur Cheval, Galerie At Home, lieux privés...) ; acquisition de travaux par des institutions publiques et collectionneurs privés. 2010, j’ai eu l’immense chance d’être lauréat du concours international organisé par le château de Versailles : « Reflet de Versailles ». De plus, je viens d’apprendre que je suis arrivé second du concours national 2010 de Locminé « Reflet ». De quoi se plaint-on... ?
Le plus étonnant dans cette aventure photographique est la douce sensation que rien n'a été fait, tout me reste à photographier alors je photographie...
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